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L'histoire
de la Martinique
Voici 500 ans.
1492
CHRISTOPHE COLOMB.
Il fallait
trouver une route des Indes par l'Ouest, puisque les
musulmans bloquent à l'Est les chemins de l'or oriental. L'almirante
mayor de la Mar Océana offre à l'Espagne les richesses des
Caraïbes. Caraïbes ? Karibe, signifie « cannibal ». Le mot
existe depuis que de nombreux conquistadores sont passés par
le gril des terribles occupants « indiens », lesquels
avaient déjà exterminé les précédents Arawaks, avant de
finir eux -mêmes sous les coups des nouveaux venus : sur 1
200 000 indigènes que comptaient les îles à l'arrivée de
Colomb, il n'en restait guère plus de 12 000 dix ans plus
tard.
Et quand les
Espagnols abandonnent définitivement les îles pour la terre
ferme, français et anglais, lachent peu à peu la flibuste,
se tournent vers elles pour occuper le terrain vacant. Du
point de vue minier, elles s'ouvrent toutes grandes à ces
cultures que méprisent les cavaliers de l'Apocalypse menés
par Cortés : épices, tabac, indigo, café, cacao. La canne à
sucre viendra plus tard.
Historiquement, la colonisation commence dans l'île de
Saint-Christophe, où le Normand Belain d'Esnambuc, fatigué
par vingt années de course sans mirifique profit aux
trousses des flottes de l'or, s'affale un jour avec son
méchant brigantin de quatre cannons baptisé l'Espérance. En
1625, il y a déjà là quelques Français, perdus, un peu
dépenaillés, et une poignée d'Anglais, tenus en main par un
certain Thomas Warner. Les deux hommes passent un contrat
aux termes duquel ils se partagent le terrain. L'entente ne
va pas durer longtemps. La guerre éclate presque aussitôt
pour la possession du plus grand nombre possible de ces
morceaux de terre voguant sous les alizés.
1848. Une des
toutes premières ouvres de la toute jeune nouvelle
république est de ratifier l'ouvre que Schoelcher mène
depuis plusieurs années : libérer les esclaves que les
négriers arrachent encore à l'Afrique par dizaines de
milliers chaque année. « La République, disait Schoelcher,
n'entend pas faire de distinction dans la famille humaine.
Elle n'exclut personne de son immortelle devise : Liberté,
Egalité, Fraternité »
Amenées à la
départementalisation en 1946, par les héritiers de tous les
courants jacobins, révolutionnaires, républicains
précédents, la Martinique et la Guadeloupe relaient la
devise comme elles le peuvent.
La diaspora
des jeunes, rendue inéluctable par les carences d'une
économie incapable d'offrir un emploi à tout le monde sur
place, entraîne fréquemment, chez quelques-un, des
agacements perçus par d'autres comme manifestations d'un
certain racisme. Personne n'ignore cependant, que les coûts
sociaux entre autres, grèvent les prix de revient de la
banane, de l'ananas, de la canne en les rendant incapables
de tenir tête à la concurrence d'autres pays producteurs.
Persister à
parler des Antilles en termes de cartes postales n'est donc
possible que si l'on ne sort pas des hôtels prodigues en
punchs « planteurs » servis au bord de la piscine.
« Adieu
foulard, adieu madras,
Adieu grain
d'or, adieu collier-chou
Doudou à moi i
ka pati
Hélas, hélas,
cé pou toujours !. »
Jamais autant
qu'aujourd'hui ce vieux couplet du marquis de Bouillé,
gouverneur de la Guadeloupe au temps de La Fayette dont il
était le cousin, n'a pesé d'un tel poids aux oreilles de
ceux pour qui la nostalgie n'est plus ce qu'elle était.
« Adieu foulard ! » C'est que l'on n'en finit pas d'agiter
son mouchoir devant le naufrage des symboles entraîné par
celui des maisons créoles à véranda, englouties les unes
après les autres sous les vagues roulantes du béton et de
l'air conditionné, des villes comme Fort-de-France et si
l'on n'en est pas encore à recenser les survivantes, c'est
que quelques campagnes, protégées par leur conservatisme
naturel, ont su garder un caractère dont elles commencent
deviner qu'il constitue le support essentiel d'une âme que
l'on tient à sauver après avoir failli la perdre sous les
assauts des slogans de la consommation. Malheureusement, le
bois revenant beaucoup plus cher que le ciment, le dilemme
ne tient pas longtemps devant la raison du plus fort : le
porte-monnaie.
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