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L'art martiniquais
- Les
cuisinières et leurs madras
On
ne peut pas accuser les cuisinières guadeloupéennes de manqu er
d'humour. Elles ont choisi comme patron saint Laurent mort sur le
gril ! Elles revêtent les atours d'autrefois, jupe longue brodée,
corsage à fleurs, foulard serré en pointe à la ceinture et sur la
tête, ce fameux madras à carreaux dont un coin dressé peut signifier
mille choses pour qui connaît le code. Elles défilent dans les rues
avec leurs beaux colliers d'or en grains, leurs fines boucles d'oreilles
et leurs paniers chargés de ce qu'elles considèrent comme leur véritable
trésor : un savoir-faire des merveilles avec des poissons, lambis,
langoustes, cabris, crabes, avocats, mangues etc., capable d'entraîner
tout un sillage de messieurs piégés par la magie de la cannelle,
du colombo, du coco.

- Les
« pitt »
La véritable
culture populaire antillaise ne peut-être détachée des
racines d'une actualité quotidienne faite de mille choses.
Les
concours de biguine, qui voient des foules de petites
formations se battre à furieux coups de « synthés », de
violons et de guitare électrique pour se faire reconnaître,
ne se déroulent pas plus dans les hôtels que l'on n'y voit
des combats de coqs.
Il
y a des endroits pour cela. Ceux où
les gallinacés s'affrontent s'appellent « pitt ». On y perd
sa fortune comme sur les hippodromes.
Avec
passion et fureur, le tempérament de l'homme antillais n'est pas
conforme aux descriptions qu'en donnent les chansons. S'il
illustre aussi le sens inné de la fête qui est dans sa
nature, le carnaval, qui dure ici plusieurs semaines, n'en
constitue pas poins un défoulement : chômage, sentiment de
n'être pas tenus pour majeurs, revendications,
insatisfactions, montée des tensions raciales trouvent ainsi
de quoi désamorcer les orages. Juste pour un moment.

- Magie
Antillaise
Les voilà, ces
Antilles inspiratrices de tant de poètes et de faiseurs de
chansons, celles qui persistent et malgré tout, signent les
beaux meubles en mahogani de Martinique, lits à colonnes et
berceuses pour siestes romantiques, la confiture de goyaves,
le pâté en pot ; celles de la messe dans les beaux habits du
dimanche matin, qui ne contrevient pas aux pratiques d'une
magie dont les ingrédients, gris-gris en bouteilles, baumes
d'amour, eau des envoûtements, formules de protection etc.
s'étalent sans complexe au milieu des légumes du marché. Le
« quimboiseur » à la fois jeteur de sort et guérisseur, est
appelé à intervenir à tout moment dans une société dont bien
des gens très évolués conviennent qu'il ne serait pas de bon
ton de transgresser les lois non écrites. Et voilà comment
dans les veillées, on continue à raconter des histoires de
petit lapin facétieux, bestiaire fantastique des campagnes
où l'on traite encore les morts vivants que sont les
zombies.
-
Faire sa case
A quelque
différence assez minime d'une île à l'autre, la « case »
populaire de base, susceptible de s'agrandir, se présente
comme une boîte de bois ouverte par une porte entourée de
deux fenêtres et chapeautée d'un toit de tôle ondulée à deux
ou quatre pentes. Peintes de couleurs vives : jaune, rouge,
bleu, vert, elle comporte parfois, si la place n'est pas
trop limitée, une galerie extérieure, la véranda, ornant la
façade, et qui compose une pièce supplémentaire : le salon
où l'on cause. La cuisine n'est la plupart du temps qu'un
petit abri à l'extérieur qui éloigne châleur et odeurs.
« faire sa
case » constitue un événement dans les endroits où la
coutume résiste à la pression d'un goût venu d'ailleurs. En
fondant une famille, un jeune homme quitte le monde ludique
de l'adolescence pour prendre ses responsabilités dans la
société adulte. Il n'est pas rare que l'aide des voisins
s'accompagne de tout un rituel où l'intervention, dès la
fondation, du pain, du sel, du rhum ou du vin se charge d'un
pouvoir protecteur.
Plus rares
sont les habitations des « hommes libres », comme se
désignaient les maîtres, installés au milieu de leurs
propriétés, dans des constructions mixtes (pierre et bois)
qu'ils voulaient évidemment à la hauteur de leur standing.
Souvent à un étage, complètement entourées d'une large
galerie sur laquelle s'ouvraient de nombreuses
portes-fenêtres qui entretenaient une ventilation naturelle,
ces habitations étaient peintes en un blanc éclatant, bien
fait pour souligner leur aristocratique beauté. D'une île à
l'autre, on les compte aujourd'hui sur les doigts d'une
seule main.
La physionomie
des villes souffre évidemment de l'afflux massif des ruraux.
Quand une population comme celle de Fort-de-France (100 000
habitants : le tiers de la Martinique) double en moins de
vingt ans, les structures sont forcément poussées à éclater.
Rongés par le cancer anarchique des cahutes, il y a
longtemps que les cinquante pas géométriques réservés au
domaine maritime de l'Etat ont disparu, malgré les histoires
que l'Administration fait aux occupants pour les en déloger.
La sauvegarde
de Fort-de-France tient dans l'exceptionnelle beauté de sa
baie et de la place de la Savane, qui lui fait face, avec la
pièce rapportée d 'une Joséphine de Beauharnais en marbre
blanc.
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