Perché sur son socle de pierre, le « fondateur du destin colonial de la France », Belain d’Esnambuc perché sur son socle de pierre pointe son index de bronze sur la flotte qui mouille à ses pieds : trois grands paquebots blancs débarquent des touristes à l’aide de chaloupes et une centaine de plaisanciers en tout genre, prêts à certifier les yeux grands ouverts que la baie de Fort de France pourrait bien être, en effet, une des plus belles du mondes…
Tout cela est très bien. Mais encore ?
Figé par l’histoire dans son rôle de capitaine du Vaisseau fantôme en tunique vert-de-grisée par trois siècles de lessive aux embruns, Belain d’Esnambuc tourne résolument le dos à cet opéra dont il avait pourtant posé la première note.
Percevait-il alors que l’on y jouerait aujourd’hui « la force du Destin » pour d’autres spectateurs que Richelieu, la Compagnie des Isles d’Amérique et les seigneurs du temps où les îles, conquises au nom du roi par les va-nu-pieds raccolés au hasard des tavernes, appartenaient en leur entier à un seul propriétaire ?
A priori, dans les rues Victor-Hugo, Schoelcher ou de République portent les mêmes noms qu’à Pointe-à-Pitre ou à Paris, seul à faire la différence, ce décor superbement tropical qui attisait déjà des petites flammes dans les cervelles des « engagés » du début, avant l’esclavage ceux, à qui, en échange de trois ans de travail gratuit, on promettait un lopin de paradis en toute propriété….
Ce décor exerce toujours le même effet magique sur les candidats au voyage contemporain : cocotiers, forêt exubérante, fougères arborescentes, bananiers. L’arbre à pain exprime à lui seul, tout l’inconscient des élans vers ces mondes d’abondance « où il n’y avait qu’à se baisser »….
Et ces montagnes de fruits que l’on trouve sur les marchés : goyaves, corossols, pommes cannelle, spotilles, ananas, avocats, noix de coco, mangues, papayes.
La Martinique
Paysage éclaté comme un puzzle que l' on ne parvient pas à recoller : volcans, cratères, vapeurs de souffre, eaux bouillantes, mornes couverts d'ananas, bananiers ... continuer