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l' histoire
de la Nation Corse
Dominée tout à tour par les Etrusques,
les Romains, les Sarrasins, les Génois, affamée par les
disettes, puis terrorisée par les « bandits », la
Corse a une histoire particulièrement tourmentée. République autonome qui inspira de nombreux pays (dont l’Amérique) puis royaume sous contrôle britannique, la Corse s’affirme alors dans un esprit d’indépendance que n’affaiblira pas son rattachement à la France en 1796.
« Toute
l’Europe est Corse ». Ainsi s’exclame Voltaire, ému,
fasciné même par l’héroïsme de Pascal
Paoli dont la légende, de son vivant, passionne l’Europe
des Lumières. Héros de l’indépendance
de la Corse, Paoli s’employa sa vie durant à faire de
son peuple une nation et de son île un Etat, avec sa constitution
(pour laquelle Jean-Jacques Rousseau proposa sa plume),
son armée,
sa monnaie, son université. Né en 1725, excommunié
par le pape pour son appartenance à la Franc Maçonnerie,
il combattit contre l’occupant
génois,
puis contre les Français,
et multiplia les alliances, notamment avec l’Angleterre qui
lui offrit un temps sa protection, avant qu’il ne s’y
exile, pour toujours.
Mais parler de Paoli c’est aussi évoquer sa rencontre
avec Boswell, le célèbre mémorialiste écossais
qui donna aux Corses une aura de champions de la liberté et à Paoli
la stature d’un héros. Parler de Paoli c’est enfin
se pencher sur le mythe paolien. Au cours des années 1760, livres,
gazettes, correspondances abondent en éloges, dictés
quelquefois par des intérêts nationaux ou privés,
le plus souvent par l’enthousiasme. De Catherine de Russie à Frédéric
II, l’Europe des Lumières communie alors dans une admiration
qui culminera après la défaite de Ponte Novu contre les
Français.
Alors « législateur démocrate » ou « despote éclairé »?
La réalité est sans doute plus complexe, elle n’en
est pas moins passionnante et fait de Paoli, le « père
de la patrie corse » en même temps qu’une figure
majeure de l’histoire universelle de la liberté
L’île a une superficie de 8778 km2. L’orientation
de la ligne de crêtes a créé une véritable
barrière naturelle entre l’est et l’ouest. Les cols élevés,
les vallées étroites, les fleuves nombreux, encaissés,
courts, et de ce fait impraticables à la navigation, n’ont
pas favorisé les moyens de communication à l’intérieur
de l’Île. Les plaines, à l’exception de la
plaine d’Aléria, sont peu étendues. L’absence
de routes a freiné le développement de l’Île.
Il faut attendre 1827 pour que la route Ajaccio - Bastia soit faite.
Pour les voyageurs du siècle dernier, les chemins corses sont
les plus rudes qui soient. En 1960, certains villages n’étaient
pas encore accessibles par voiture, c’est dire l’état
de dénuement dans lequel l’île a été plongée
durant des siècles.
Si les conditions naturelles de l’Île ont été un
frein à son développement économique, elles n’en
furent pas pour autant les seules causes.
Point stratégique en Méditerranée, l’île
est convoitée par de nombreux voisins. Ses 1000 km de côtes
indéfendables sont ouverts aux invasions, aux pillages. A la
crainte de l’envahisseur s’ajoute celle de la malaria,
qui n’a été vaincue, rappelons le qu’après
la Seconde Guerre mondiale. C’est donc l’insécurité et
l’insalubrité de la plaine qui ont fait fuir les habitants
vers les montagnes. C’est de la montagne, de Corte, que va être
géré l’Île. La population dans la montagne
va y être dense jusqu’au début de ce siècle.
Ainsi la vie communautaire a régi durant des siècles
la vie des montagnards. Si aujourd’hui les structures de ces
communautés ont disparu, il existe encore dans certains villages
vivant en léthargie cinq jours par semaine (nombreux sont les
insulaires qui possèdent une maison au « village » où ils
se rendent les week-end) et dix mois sur douze, un grand esprit de
communauté, nécessité de s’aider, d’unir
ses forces lorsque le taux démographique de ces villages baisse,
et que les bras manquent pour tuer le cochon, couper et rentrer le
bois pour l’hiver.
Ces structures communautaires, qui ont subsisté jusqu’au
début de ce siècle, s’étaient établies
dans l’île bien avant la domination génoise. La
communauté, constituée par les habitants de la piève
(les pièves étaient le découpage naturel d’une
région, on en comptait soixante-six ; aujourd’hui les
soixante cantons reprennent à peu près le découpage
des pièves), se réunissait le dimanche après la
messe sur la place de l’église ou à l’intérieur
de celle-ci, et prenait toute décision concernant la vie du
village. L’assemblée élisait des représentants
ou pères du commun, chargés de faire exécuter
les décrets de Gênes. Ces pères étaient
assistés d’un podestat au pouvoir de police et de justice.
L’assemblée réglait non seulement les problèmes
administratifs et agricoles, mais aussi ceux de la vie
sociale
.
Les bois et les pâturages restaient la libre jouissance de tous,
alors que les terres cultivables étaient distribuées
pour une année entre les chefs de famille qui les cultivaient.
La moisson finie, les bêtes terminaient le travail de l’homme,
et à nouveau, recommençait le cycle du découpage,
redistribution démocratique des terres pour une autre période.
L’assemblée déterminait le calendrier agricole,
mais aussi les règlements intérieurs à la communauté pour
le bien de tous. La particularité de cette organisation communautaire
est une vie autarcique. La production agricole est limitée aux
seuls besoins des habitants. L’absence de moyens de communication
ne permet ni l’échange ni le commerce de certains produits.
L’altération de la communauté commença sous
la domination de Gênes pour s’achever au début de
ce siècle. En effet, le littoral qui jusque-là est fui
comme la peste par les Corses deviendra attractif, et le système communautaire dégénérera avec le dépeuplement
de la montagne. C’est la fuite vers une vie moins dure, vers
la plaine ou le continent. Quelques chiffres sont nécessaires
pour comprendre aujourd’hui la léthargie et l’endormissement
de cette montagne qui fut durant des siècles la force vive de
l’île et la sécurité de ses habitants.
En
1911, 73000 habitants vivent entre 600 et
1 000 mètres ; ils
ne sont plus aujourd’hui que 20 000 à s’accrocher
désespérément à leurs racines, à leurs
châtaigniers, à vivre où vécurent
leurs ancêtres, sans espoir cependant de voir revivre
ce qui meurt ; comme tout peuple vivant en autarcie,
et n’ayant que le sel à acheter,
la Corse a son propre artisanat, ses petites
industries de distillerie, de pâtes alimentaires
(la dernière fabrique de pâtes
alimentaires a fermé ses portes à Bastia
il y a quelques années).
L’agriculture est encore peu développée
au XVIIIè siècle. Elle est essentiellement familiale,
et répond aux besoins immédiats de la famille. Les fromages
de chèvre et de brebis proviennent des bêtes que les familles élèvent
pour leur consommation, ou des troupeaux gardés dans la montagne
par les vergers solitaires, devins, sorciers, poètes, affirment
les légendes populaires. Il en est de même pour la charcuterie.
Le cochon, tué à la Noël, approvisionnera la famille
en viande fraîche d’abord, et permettra des préparations
originales comme la « ventra » « le boudin à la
menthe ». Le reste de la viande sera salé, poivré et
fumé. Cette charcuterie est encore aujourd’hui faite selon
la tradition, et se place en deuxième position mondiale, a-t-on
pu dire, pour sa qualité et sa saveur. Les échanges se
font essentiellement d’un port à l’autre. Seule
la morue venant d’Italie parvient dans la montagne. Répétons-le,
ce qui a rythmé la production agricole durant des siècles
est le besoin immédiat de la population. Rythme qui semble se
poursuivre encore aujourd’hui dans certains villages de montagne.
Et c’est de ses propres ressources que va vivre l’île.
Et, de cette vie dure naîtra une cuisine simple, savoureuse et
parfumée qui a su conserver à travers le temps toute
son originalité.
Les châtaigniers
séculaires sauveront la Corse de bien des disettes et des
famines. Véritable arbre nourricier, son fruit sera accommodé de
différentes façons. Salé. Sucré. Dans
les régions d’Orezza, Cervione, Alesani, les repas
de noces ne comptaient pas moins de vingt-deux mets différents
tous apprêtés à la farine de châtaigne.
Son goût si particulier, âcre et fumé, vient
du séchage des châtaignes au « fucale ».
Depuis toujours, et ce, malgré l’évolution des
techniques, le ramassage des châtaignes et la fabrication
de la farine n’ont pas changé. C’est à l’aube
que, munis d’un déjeuner frugal, les montagnards partent
ramasser les châtaignes. Il a fallu auparavant, couper les
hautes fougères au pied des châtaigniers. Le sol ainsi
nettoyé peut recevoir les bogues renfermant le fruit précieux.
Aujourd’hui, luxe de notre époque, le ramassage des
châtaignes peut se faire avec des gants, mais il n’en
fut pas toujours ainsi, et il suffit d’entendre raconter les
plus âgés pour imaginer les douloureuses piqûres
sur les doigts engourdis.
Les châtaignes, transportées dans le grenier de la
maison, sont étalées sur le plancher composé de
lattes de bois, la « grata », espacées entre
elles de quelques centimètres. Durant un mois, elles vont
subir l’action conjuguée de la fumée et de la
chaleur montant de la fucale. Le fucone, véritable âme
de la maison, fume châtaignes et charcuterie, et sert aussi
de chauffage. Ce feu se fait sur une plaque d’argile séchée,
de un mètre carré et de vingt centimètres de
haut. La fumée se répand librement dans la pièce,
noircissant meubles et murs, et fumant les châtaignes posées
sur la grata. C’est autour de la fucale que se rassemble la
famille, que se conte et se raconte la vie du village. Autrefois,
le soir de Noël, la famille réunie jetait dans le feu
une bûche pour souhaiter longévité à chaque
membre de la famille. Une grosse bûche pour les hommes, une
petite pour les femmes. Superstitieux, on évoquait le nom
de chacun à haute voix, de peur d’en oublier un, et
que celui-ci disparaisse dans l’année. Mais peut-être aussi, pour que chacun soit éveillé par son nom ! Le dicton affirme « en
Corse autant de pays autant de coutumes ».
La langue corse
ne commence à être écrite qu’à partir
du XVIIIè siècle, et cela explique la diversité d’écritures
des mots. Ainsi, à l’intérieur même d’une
région, les coutumes, les traditions d’un village à l’autre,
et même d’une famille à l’autre, varient
et l’art d’accommoder un même produit est déterminé par
ces règles ancestrales. La Castagniccia, la Balagne, et le
Sartenais ont leurs spécialités, mais les ressources
naturelles de l’île (châtaigniers, poissons, porcs)
vont contribuer à donner toute son unité à la
cuisine corse.
Chronique de la Corse - Cronica di a Corsica
De
la Préhistoire à l' an 2000 de Sambucucciu à P. Paoli,
l' histoire mois par mois, jour par jour, restituée
par Orsu Ghjuvanni Caporossi. Chronique accopagnée
d'une biographie des principaux personnages et de plusieurs
armoiries corses.
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